dimanche 11 novembre 2007

Moins dépaysé à l'étranger

Moins dépaysé à l'étranger

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http://www.justlanded.com


15:52 - 29/06/2007

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La ferme Al Safi A LA VACHE!

Une Ferme Exceptionnelle

Miroir grossissant [un article de Suzanne Ollagnon]

mardi 13 juillet 2004.

Grâce à la présentation d’une méga-ferme parachutée dans le désert d’Arabie Saoudite (tirée d’une revue éditée par Danone) apparaît une image grossie de l’agriculture productiviste mondialisée. Y répond un plaidoyer pour une agriculture non dévoyée, une agriculture éco-écologique. Article de résistance qui s’inscrit dans la relation réaffirmée entre polycultures écologiques et diversités culturelles.

Suzanne Ollagnon est fromagère dans une ferme en bio-dynamie au Sud-Ouest de Lyon.

Les lignes qui suivent sont rédigées à partir d’un article intitulé Visite guidée de la plus grande ferme du monde, paru dans la revue Le producteur de lait (nov./déc. 2003), éditée par Danone en France et destinée aux agriculteurs qui vendent leur lait à Danone. Les citations sont en italique.

En Arabie Saoudite, à 100 kilomètres de Ryad, au milieu du désert qui reçoit quelques dizaines de millimètres d’eau par an et où la température peut dépasser 50°C en été, ON a imaginé et réalisé grâce à la volonté du Prince Abdoullah Al Faisal Al Saud et son groupe Al Faisaliah une méga-ferme.

Là vivent 32 000 vaches ou génisses (dont 16000 vaches en lactation) de race Holstein en stabulation libre avec des structures couvertes équipées de rideaux et de ventilation humides. Les vaches sont traites trois fois par jour dans 6 salles de traites (qui comptent entre 80 et 120 postes de traite) et donnent 165 millions de litres de lait par an (452000l/j). Le lait est refroidi et envoyé quelques centaines de mètres plus loin à l’usine de produits laitiers frais Al Safi, qui appartient à la filiale du groupe Danone : Danone AlSafi.

Ainsi, au milieu du désert, côte à côte, une usine à fabriquer le lait et une usine à transformer le lait.

50% de l’alimentation (foin, luzerne) sont produits sur l’exploitation grâce à l’irrigation qui va parfois pomper l’eau à plus de 1800 mètres ! Le reste est acheté sur le marché mondial en fonction des besoins protéiques et énergétiques fixés par les nutritionnistes et des opportunités du marché : maïs, orge, soja, graines de coton, pulpe de betteraves....

Dans cette ferme travaillent 1 400 personnes , des manœuvres locaux, et des généticiens, des nutritionnistes, des vétérinaires (une dizaine de vétérinaires est là pour traiter les vaccinations et autres maladies éventuelles) anglais, australiens, hollandais.

Puis DANONE médite :

Dans un pays où l’eau est deux fois plus chère que l’essence, le bilan de l’exploitation en terme d’utilisation d’eau laisse songeur : entre l’irrigation des cultures, l’aspersion régulière des stabulations pour maintenir un climat acceptable et les quantités bues par les vaches, plus de 500 litres d’eau sont nécessaires pour produire un litre de lait !... La ponction d’importantes quantités d’eau dans la nappe aquifère pose aussi des problèmes de salinité qui ont même poussé la ferme à délaisser les hectares irrigués les plus proches pour aller cultiver le fourrage quelque 200 kilomètres plus loin, là où la nappe était plus abondante et plus accessible. De quoi se poser des questions à l’heure où l’on parle beaucoup de développement durable.

Et DANONE conclue pour ... rassurer le producteur de lait français :

Est-ce un modèle extrapolable ? Les quelques éléments relatés montrent clairement dans le cas de la ferme Al Safi les limites économiques d’un tel système. Un autre point concerne bien évidemment les conséquences en terme d’aménagement du territoire et de "ruralité" : la plus grande ferme du monde est née au milieu du désert et ce n’est pas par hasard. Pour autant serait-on prêt à désertifier nos campagnes pour développer ce système ? La réponse semble évidente. Mais même si le modèle de la petite exploitation semble aux antipodes de ce type de production industrialisée, il est bon de savoir que d’autres modèles existent dans le monde et que la volonté et l’ambition ont aussi permis de développer des systèmes originaux.

Vous connaissez maintenant la ferme Al Safi et le discours raisonné tenu par Danone pour ses fournisseurs de lait.

A mon tour de vous faire partager quelques réflexions !

Voilà donc une ferme gigantesque "hors sol". On sait depuis longtemps que l’on peut fabriquer du camembert ailleurs qu’en Normandie ! Mais parachuter une ferme en plein désert et créer la ferme la plus grande du monde ! Quel est ce rêve qui veut mettre bout à bout oléoduc et lactoduc, faire cohabiter or noir et voie lactée ? Miracle des produits financiers du pétrole qui donnent le pouvoir total, celui qui se moque du temps et de l’espace. Qui peut faire surgir, faisant abstraction du milieu géographique, climatique et historique, une ferme, prédatrice de la terre et de ses réserves d’eau au nom d’un modèle productiviste, une méga-ferme hors contexte local mais bien intégrée dans le marché mondial des matières premières et inspirée de l’idéologie techniciste commune du vivant.

Une usine à lait, avec des vaches comme capital circulant.

L’agriculture non dévoyée est pourtant dans son esprit et ses pratiques l’activité humaine la plus éco-écologique qui soit. L’agriculteur sait utiliser les dons et faiblesses d’un lieu, les exploiter avec connaissance et mesure pour produire des biens qui nourrissent les hommes. Il cherche même à produire avec "économie", en consommant le moins d’intrants et d’énergie possibles. Il ne prélève sur la nature que ce qui est nécessaire grâce à des façons culturales pertinentes et plus économiques que les ajouts de désherbants ou d’engrais grands consommateurs d’énergie. Il existe une agriculture qui est économe de tout et qui ne jette et donc ne rejette rien. Les dits "sous-produits" sont intégrés à la production : paille pour la litière, fumier pour le compost, sarments de vigne pour allumer la chaudière, petit lait pour nourrir les cochons, déchets du tri des céréales pour les poules...La prédation et la pollution de la terre sont des manquements à l’esprit de l’économie, je veux parler de l’économie rendue à son domaine spécifique . Quand l’agriculture devient productiviste, c’est exclusivement au profit d’un ou plusieurs autres secteurs économiques et sur le dos de la terre. Ainsi survit la ferme Al Safi.

L’agriculture économique est écologique.

Mieux encore ! L’agriculture non dévoyée ne se contente pas de maintenir la vie, elle vivifie la terre. Elle ne l’exploite pas, elle la bonifie. Dans la ferme Al Safi, une fois la terre devenue trop salée par l’irrigation, on va plus loin et on recommence... Dans une oasis, grâce à l’eau et aux hommes, on crée des îlots de vie au milieu du désert qui demeurent.

L’agriculture est tout un art...enfin, disons qu’il y a un art de cultiver comme il y a un art d’éduquer. Un enfant se présente avec ses dons/faiblesses, ses potentialités/entraves, individualité unique. L’art de l’éducateur consistera à permettre l’expression de tous ces éléments avec la vie qui se pointe dans sa chronologie pour que l’homme se déploie. Ce qu’on lui apprend en "prêt à penser" est secondaire.

L’agriculture est l’art de travailler le sol et d’élever des animaux en valorisant toutes les particularités d’un lieu. L’essentiel est de comprendre la vie qui se présente en ce lieu, de pénétrer les solidarités cachées vivant entre les différents règnes. Ce qu’on apporte en "prêt à pousser" est secondaire.

Il y a une relation réelle entre le développement de la bio-diversité dans l’agriculture et l’épanouissement des individualités. Une monoculture des esprits voudrait bien nous faire oublier ce lien entre bio-diversité et liberté.

Je propose d’écouter Vandana Shiva :

"Percevoir la diversité signifie percevoir toutes ses composantes quelque soit leur petitesse ou leur grande taille, et reconnaître que les rôles et l’interdépendance de toutes ces parties posent des limites à l’exploitation des autres espèces, des limites à l’arrogance du genre humain. L’exemple même de la haute productivité des systèmes fondés sur la diversité est celui des champ à neuf graines (navdanya) ou à douze graines (barnaja). Ils produisent beaucoup plus que n’importe quelle monoculture. Ils ne disparaissent pas à cause de leur faible rendement, mais parce qu’ils ne demandent pas d’intrant, puisque les céréales y poussent en symbiose avec des légumineuses qui leur fournissent de l’azote. La production de ces champs, très diverse, procure à une famille tout ce dont elle a besoin. Cette diversité va à l’encontre de la mono-production de masse à but commercial. La prudence écologique réside dans les polycultures, et procure la liberté. Recouvrer la diversité de la production est le moyen de s’opposer à la mondialisation qui détruit les modes de vies, les cultures et les écosystèmes du monde entier. En multipliant nos options, nous créons les outils de la résistance et de la reconstruction."

Et encore :

"Brûlent nos terres,
Brûlent nos rêves
Versez de l’acide sur nos chants
Couvrez de sciure
Le sang du peuple massacré
Etouffez de technique
Les cris de tout ce qui est libre, sauvage ou indigène.
Détruisez
Détruisez
L’herbe et le sol, rasez jusqu’à la terre
Toute ferme, tout village
Qu’ont construit nos ancêtres
Tout arbre, toute maison
Tout livre, toute loi
Et toute justice, toute harmonie.
Aplatissez de bombes toutes les vallées
Effacer de vos édits notre passé,
Notre littérature, notre image.
Dénudez les forèts et la terre,
Qu’aucun insecte
Aucun oiseau
Aucune parole
Ne trouve à se cacher. Allez-y et faites davantage.
Je ne crains pas votre tyrannie.
Je ne désespère jamais
Car je garde une graine
Une petite graine vivante
Que je conserverai
Et planterai à nouveau."

(Vandana Shiva : Ethique et agro-industrie - Main basse sur la vie, 1996,Editions : L’Harmattan)

Ecolo langue de bois

La conscience vue du ciel


AMI, as-tu « réduit ton impact » ? As-tu songé à « compenser tes émis­sions » ? Consultes-tu régu­lièrement ton « éco-comparateur » ? Non ? Pas encore ? Mais alors... alors tu n'es pas un véritable ami de la pla­nète ! Introspecte - toi deux mi­nutes et avoue : au fond, tu n'es pas en paix avec toi-même. Tu sais bien qu'en tant que Français moyen tu émets chaque année l'équi­valent de 2,7 tonnes de CO,, c'est plus que ce que la Terre peut absorber par an et par personne, c'est trop : tu ré­chauffes la planète. Et tu restes les bras ballants ?

Heureusement, Yann Arthus-Bertrand est là.

Un jour, le célèbre photo­graphe vu du ciel a pris conscience que son métier n'était « pas sans impact sur le réchauffement de la pla­nète ». Il faut dire que ça fait trente ans qu'il sillonne les airs en avion et hélico pour prendre ses fameuses photos : question émission de CO2, il enfonce donc largement le Français moyen. L'ami de la planète en lui a fini par se sentir mal. Du coup, il a créé l'association Goodplanet et son programme « Air Car­bone ». Une idée tellement belle qu'elle a séduit la SNCF et tout récemment Air France (« L'Express », 31/5).

La chose est simple : grâce à l'éco-calculateur disponible sur Internet, tu calcules com­bien tu vas émettre de CO2 lors de ton prochain voyage en avion ; si tu dépasses ton quota, tu verseras à « Air Car­bone » (par chèque ou carte bancaire, don déductible des impôts) une somme compen­satoire qui financera une « re-forestation en Colombie », ou des « cuiseurs solaires dans les pays andins », ou la « valorisation de déchets à Ma­dagascar ». Ayant ainsi « compensé », tu te sentiras tout de suite mieux. Super-sympa, non ? D'ailleurs, Ni­colas Hulot, grand voyageur lui aussi, s'y est mis aussi sec. Au X siècle, le trafic des indulgences battait son plein : il suffisait de mettre quelques pièces dans l'escarcelle du curé, et hop, voilà qu'un péché était pardonné ou qu'on vous supprimait des années de purgatoire. Le pape Jean XII (937-964) avait même rédigé le tarif des péchés : l'inceste valait tant, la sodomie tant, la bestialité tant, etc. Raquez pour nous pauvres pécheurs ! Comme le notait Voltaire (1), les indulgences avaient ça d'épatant que « les vendeurs et les acheteurs y trouvaient également leur compte ». Pa­reil aujourd'hui : d'un côté Air France, tout en s'affichant écolo grâce à « Air Carbone », va pouvoir poursuivre sa « stratégie de croissance », acheter de nouveaux avions comme l'énorme A380, trans­porter toujours plus de pas­sagers (70 millions l'an der­nier). Et ces derniers seront d'autant plus enclins à aller faire une virée à Ushuaia et courir le monde qu'ils auront financé des cuiseurs solaires dans les Andes et auront la conscience tranquille. Le Moyen Age avait du bon, fi­nalement.

Jean-Luc Parquet

(1) Dictionnaire philosophique, article « Expiation ».

« Le Canard enchaîné » - mercredi 6 juin 2007 - 5

Encore une histoire de gènes !

On va pas se gêner !

SI l'on devient gros et malade, ce n'est pas la faute à la malbouffe, ce sont nos gènes qui ne tiennent pas la route : la « nutrigénomique » est la dernière trouvaille de l'agroalimentaire pour éviter de porter le chapeau de l'« épidémie » d'obé­sité et des sympathiques maladies qui suivent (diabète sucré, hyper­tension...). En clair, vous pouvez vous goinfrer de barres chocolatées et de pizzas industrielles, rien ne vous arrivera de fâcheux si vous pos­sédez les « bons » gènes.

Il y a quinze jours, le concept im­porté des Etats-Unis était présenté aux journalistes lors d'un petit dé­jeuner chez Ladurée, un salon de thé chic, avec autour de la table deux chercheurs de l'Inserm conviés par l'Institut français de la nutrition - ce « faux nez » monté par presque tous les industriels de l'agroalimentaire, de Coca-Cola à la Fédération na­tionale des industries de corps gras. Avec au menu des questions du type : peut-on prendre en compte le profil ADN de chacun pour une pré­vention nutritionnelle plus adap­tée ? Sous-entendu, comment tordre le cou une fois pour toutes aux po­litiques de santé publique qui nous incitent à manger moins gras, moins salé, moins sucré ? Pour nous bour­rer le mou, l'agroalimentaire spon­sorise la recherche sur le sujet et a même convaincu Bruxelles de mettre sur la table 14,5 millions d'euros.

Sauf que tout ça, c'est du flan. Comme le dit un chercheur, qui ré­clame l'anonymat pour conserver ses contrats avec l'agroalimentaire, « manqer en fonction de ses gènes, c'est de la science-fiction. Au­jourd'hui, la seule façon efficace de rester en bonne santé est de suivre les recommandations nutritionnelles ».

Dommage, on aurait aimé la pub : vous êtes génétiquement pro­grammé pour la quiche industrielle et le ravioli en boîte.

« Le Canard Enchaîné » mercredi 6 juin 2007

Jallatte : suicide du fondateur

Jallatte : suicide du fondateur
Samedi, 09 Juin 2007

La France perd un grand patron. Pierre Jallatte s'est suicidé à l'âge de 88 ans. La délocalisation en est la cause.

Pierre Jallatte, 88 ans, fondateur du leader européen de la chaussure de sécurité dont le site du Gard est actuellement menacé de délocalisation, s'est suicidé chez lui hier après-midi d'un coup de carabine.

Pierre Jallatte n'a visiblement pas supporté de démantèlement de son entreprise, qu'il avait fondée en 1947. "C'était un patron à grande gueule mais à grand cœur, pas un financier comme il y a maintenant", a dit Jean-François Anton, délégué CGT de 54 ans qui travaille depuis 1969 sur le site du village cévenol de Saint-Hippolyte-du-Fort. Un drapeau noir a aussitôt été placé à l'entrée de l'usine avec sa photographie. "C'est fréquemment qu'il me disait qu'il souhaitait mourir avant que son usine ferme", a expliqué, très ému, un ancien salarié de 75 ans qui a supervisé la production de Jallatte durant 25 ans, ajoutant : "Il avait très mal vécu [l'annonce de la délocalisation]. Ce n'est pas le premier plan social que les actionnaires nous font. L'usine espagnole avait fermé, l'usine allemande avait fermé, une usine d'Alès avait fermé, et tout ça fait beaucoup."

Petite chronique de la barbarie libérale

Suite à son rachat par JAL, le groupe italien du leader européen de la chaussure de sécurité, l'ensemble de la production devait être délocalisée en Tunisie, sacrifiant au total 287 emplois sur 336, seuls les services administratif et logistique étant maintenus en France. Le mercredi 30 mai, jour de l'annonce de cette délocalisation, les salariés en colère ont fait parler d'eux en séquestrant leurs dirigeants (lire en commentaire). En pleine campagne législative, cette affaire médiatisée avait suscité un tollé dans le monde politique : tous les députés du département étaient montés au créneau, et Nicolas Sarkozy avait même écrit au président du Conseil Général du Gard pour lui indiquer qu'il avait demandé au gouvernement de "réfléchir" à une "stratégie de revitalisation" industrielle et économique du territoire cévenol... La fin de Jallatte est un nouveau coup dur pour le Gard, département touché par une vague de délocalisations de marques emblématiques : les collants Well fin 2006 (300 emplois supprimés), les pianos Pleyel il y a quelques mois (65 emplois supprimés) et des rumeurs autour de l'entreprise Eminence.

Pourtant, hier, les syndicats ont annoncé avoir trouvé un accord avec le propriétaire italien afin de suspendre le projet : "Les actionnaires américains ont décidé de mandater le directeur général France pour présenter un plan alternatif d'ici au 18 juin, afin de conserver une production viable sur les sites gardois", a dit la CGT. Mais son fondateur, lui, n'y a pas cru une seconde et a préféré en finir. Ainsi s'achève l'œuvre de toute une vie : l'ancien patron a choisi de se donner la mort plutôt que de voir ses salariés goûter à la mort… sociale.

Le projet initial du groupe italien Jal prévoyait la suppression de 285 emplois sur les 336 de Jallatte en France, principalement à Saint-Hippolyte-du-Fort et dans la ville d'Alès (Gard). M. Aunos a confirmé à la presse qu'il présenterait un autre projet aux actionnaires de Jal, le 18 juin. Très ému, l'ancien directeur de production Georges Argeliès, 75 ans, a répété samedi les propos qu'il avait tenus à l'annonce du projet de délocalisation, fin mai: "Il y a dix jours, j'ai dit à Giovanni Falco (PDG de Jal, ndlr) et à Joël Aunos qu'ils étaient des voyous, méritant d'être pendus haut et court". "Aujourd'hui, je redis que ce sont eux et les actionnaires qui ont tué Pierre Jallatte, ce sont des assassins, c'est de leur faute s'il n'est plus là!", s'est emporté M. Argelies, qui avait débuté comme ouvrier à la fabrique de "Saint-Hippo" en 1950, avant de superviser la production pendant 25 ans.

Est ce a l'honneur de notre justice?


MERCREDI 23 MAI

Le patron de Total a aboyé pour qu'on lui retire sa laisse

u moment même où la junte au pouvoir en Birmanie pro-i longe d'un an l'assignation à résidence de l'opposante Aung San Suu Kyi, Christophe de Margerie, patron de Total, nous confirme la rumeur selon laquelle il l'aurait secrètement rencon­trée, à deux reprises. Total est accusé d'avoir fermé les yeux sur le travail forcé exigé des villageois par l'armée pour la construc­tion d'un oléoduc - ce que le groupe conteste. Margerie a de­mandé au Prix Nobel de la paix si elle souhaitait un retrait du groupe français. Réponse dilatoire lors de la première rencontre, mais sans ambiguïté lors de la seconde : « Restez, sinon vous serez remplacé par des compagnies chinoises, coréennes ou indiennes, bien moins attentives que Total au respect des droits de l'homme », aurait répondu Aung San Suu Kyi. Mis en examen à deux reprises par le juge Philippe Courroye (sur l'accusation de pots-de-vin versés en Irak et en Iran), Margerie lève un coin du voile sur les conditions de sa première garde à vue. On savait qu'il avait été menotte dans le dos et obligé de se déshabiller pour subir une fouille complète, comme on dit pudiquement. Mais on ne savait pas que le patron de la première entreprise française avait été tenu en laisse et qu'il avait... aboyé jusqu'à ce que les policiers le détachent. Avec son flegme habituel, Christophe Jacquin de Margerie s'est inquiété de savoir si la guillotine était encore en place : « Avec ma parti­cule, il ne faudrait pas qu'on me coupe la tête... » S'il n'a pas raconté publiquement ses mésaventures, ce n'est pas par gêne, mais « par respect pour la justice française ».



90 » CHALLENGES N "82-31 MAI 2007